Ce texte a été écris fin novembre, avant la vague omicron, mais contient des mises à jour.
Pour répondre à la question souvent posée des raisons de ma non-vaccination, et pour en arriver à la situation des enfants qui sont tenus de porter le masque à l’école (à cause des personnes non-vaccinées d’après certains), et devant ce que je perçois comme une pensée unique ou monolithique manquant de diversité et de nuances, je vais devoir décrire un peu mon cheminement.
Car le sujet est éminemment complexe et passionnant de part ce qu’il implique au niveau sociétal.
Je pense que l’on voit suffisamment dans les médias que la simplification et les réponses binaires ou expéditives ne sont pas à la hauteur des enjeux qui sont devant nous et font pour tout dire insulte à notre intelligence et à nos enfants.
Je commence tout de même, après un court préambule, par un résumé qui se veut être surtout un sommaire et un pense-bête pour y voir clair :
À titre professionnel, on m’a souvent demandé pourquoi je ne revenais pas à mon mode de commercialisation d’avant crise sanitaire, avec stand de vente à la ferme. Les clients auraient voulu y revenir.
C’est parce que pour moi cette crise n’a jamais été en voie de conclusion. Parce que ce n’est pas une crise sanitaire tout court.
Je n’y suis pas revenu car la politique vaccinale mondiale laissait présager de nouvelles vagues dans un contexte de relance des échanges internationaux et du tourisme (grande cause internationale !).
Je n’y suis pas revenu car on n’a pas pris à bras le corps les racines du problème (écologiques, agricoles et énergétiques).
De plus, je voyais les gens se décomplexer, se relâcher dans leur comportement, les gestes barrières. Ça avait été semble-t-il tellement dur d’adopter un comportement responsable, humain, à échelle naturelle…
Je voyais les gens oublier et je ne voulais pas, en remettant mon stand, contribuer à ce que « l’on oublie que l’on a ignoré les causes ».
En résumé de ce qui suit, je ne me suis pas fait vacciné car :
1 – je ne souhaite pas participer à la mort clinique d’une politique sanitaire internationale au profit d’une privatisation de la santé.
Mes 4 autres arguments tournent autour du fait que je considère le vaccin et la recherche d’immunité comme une tentative de fuite aggravante devant nos responsabilités. Donc je ne me suis pas fait vacciné aussi car :
2 – le vaccin et l’immunité collective constituent un obstacle (ou « une fuite plus ou moins volontaire face ») à la prise de conscience des causes réelles des épidémies et aux prises de décision qui devraient en découler. Je ne compte pas entrer dans un schéma vaccinal à vie, tant que des décisions n’auront pas été prises pour réformer la fabrique des pandémies. Une immunité collective favoriserait au contraire la relance de la production des pandémies.
3 – je souhaite résister au développement d’une immunité contre-nature, d’un sentiment d’impunité collective et d’un déni de responsabilité.
4 – je ne souhaite pas contribuer au renforcement de la dérive du risque zéro et d’une éthique contre le vivant comme projet de société pour nos enfants
5 – je veux être solidaire avec le personnel hospitalier et favoriser un système de santé pour tous.
Et je finirai par achever le sujet.
je ne me suis donc pas fait vacciner jusque là car :
(1) je ne souhaite pas participer à la mort clinique d’une politique sanitaire internationale au profit d’ une privatisation de la santé.
Il n’y a pas de politique internationale de gestion coordonnée de cette crise, il y a une gestion économique libérale de compétition.
Il y a une économie qui veut faire du profit sur le vaccin, renforcer la privatisation des communs et relancer au plus vite la machine pour ne pas avoir à se remettre en question sur les causes de la pandémie.
Pour se faire, les États ont investi des milliards et des milliards en argent public dans l’industrie pharmaceutique afin d’aider les gros acteurs du secteur privé à mener leurs recherches et pour leur précommander des vaccins, en bons clients qui se positionnent sur la concurrence future des nations sur le marché vaccinal. Tout ça afin de trouver LE remède miracle qui va faire tourner la page le plus vite possible, avec un effet de déni amnésique. Tout en permettant à l’industrie pharmaceutique de profiter de la situation par une concentration des investissements publics sur quelques puissants intérêts privés (Pfizer par exemple) et d’enterrer définitivement la recherche publique tout comme l’espoir d’un réinvestissement dans le secteur de la santé et du soin.
Et hop, nationalisation des investissements, privatisation des profits. Ça rappelle des choses. Après le renflouement du système financier de 2008, c’est un autre beau tour de passe-passe.
Alors que le vaccin aurait pu être un bien commun de l’humanité géré par une entité internationale comme l’ONU. L’acceptabilité de la vaccination aurait été autre.
Comment expliquer l’incapacité de la recherche publique à trouver un vaccin ? Que montre cette recherche a deux vitesses ? Là aussi la mise au point d’un vaccin par l’institut Pasteur aurait permis une autre acceptabilité de la vaccination en France.
Mais si on était sérieux dans cette démarche vaccinale, il faudrait au moins voir plus loin que le bout de son nez, en ayant une démarche épidémiologique cohérente. Ça semble relativement basique comme démarche. Il faudrait coordonner la vaccination au niveau mondial. On n’est pas capable de comprendre qu’avec notre hyper-mobilité, on brasse les variants dans tous les sens ?
Et c’est là que le court-termisme de la politique économique libérale se trahit. On veut tellement faire du profit à court terme et on est tellement dans l’individualisme et le nationalisme que l’on n’a pas une approche rationnelle de la gestion de la pandémie.
Non. On va plutôt garder le vaccin bien privé et on va développer un modèle de commercialisation au plus offrant. Tout le monde entre en compétition et les plus riches raflent tout. Et on ne vaccine pas/peu les pays pauvres.
Et aujourd’hui, on voit des variants arriver de ses pays là. Et on ne mesure pas bien l’étendue de la pandémie dans ces pays peu structurés. Historiquement, on s’en fout en grande partie du moment qu’il acceptent de nous laisser exploiter leurs richesses pour notre croissance en nous laissant mettre en place des régimes dociles (et plus ou moins structurés en fonction des besoins). Après il y a des variants et des migrants qui nous reviennent dans la figure.
Si l’on reste dans cette logique étroite du vaccin, on aurait d’abord dû, pour des raisons bassement humanistes, réserver les premières vagues de vaccins à la frange à risque de toute la population mondiale et ensuite, et seulement ensuite, pour des raisons rationnellement scientifiques, étendre au reste de la population mais de manière homogène au niveau mondial (avec des vaccins non brevetés et donc faciles à produire en plus grande quantité). Limiter les déplacements était une autre option sérieuse. Il aurait fallut que la première dose dans les pays pauvres commence avant la deuxième dose des pays riches. Il aurait fallut que, par décence, on ne parle pas de troisième dose avant qu’une majorité de la population mondiale n’ai eu sa première dose.
Mais bon, c’est compliqué tout ça politiquement, ça demande du courage, une rationalité pas limitée au système de pensée qui a généré la pandémie. Et, au-delà de la sphère politique stricto sensu, il y a un pouvoir économique court-termiste bien plus puissant en face. Il aurait déjà fallut s’assurer de contreparties contraignantes conditionnelles aux investissements publics pour que le vaccin ne tombe pas dans le tourbillon de l’économie libérale. Mais comme le jeu de puissance est biaisé, on a laissé toute latitude de négociation à l’industrie pharmaceutique. Et dans l’intérêt à court terme des détenteurs du vaccin, il valait mieux faire jouer la compétition par la loi sauvage du marché que d’aller négocier des prix bas avec les pays pauvres ou des prix intermédiaires avec la communauté internationale (qui s’était de toute façon effondrée de fait – d’un « commun » « accord » – optant pour la fuite chacun pour soi vers ce qu’ils croyaient pouvoir être un intérêt propre possible).
Les pays riches se sont battus pour s’accaparer les vaccins et on en est à se gaver d’une troisième dose alors que seulement 5% des populations des pays pauvres ont en moyenne eu une première dose.
L’ONU s’émeut de cette situation dans une indifférence assourdissante, un silence parlant de déshumanisation. Et la fondation philanthro-capitaliste « Bill et Melinda Gates » est au centre de la vaccination dans les pays pauvres, on tête sur la marche si je puis dire…
Entre parenthèses, il est intéressant de noter qu’avec cette pandémie, on assiste à un phénomène rare mais qui pouvait s’entrevoir depuis longtemps sous l’idée de « fragilité de la puissance » dans le cadre du dérèglement climatique notamment : Ce sont globalement les pays les plus puissants et les plus développés qui sont les plus touchés. C’est la signature d’une maladie du surdéveloppement (notamment par le fait que l’on se déplace trop) au travers de laquelle on perçoit les fragilités inhérentes à la puissance.
On n’est même pas surpris que les labos nous vendent déjà la nécessité d’une troisième dose car la réponse immunitaire chute. Ah bon, on nous avait pas prévenu de ça quand on nous avait « vendu » la première dose… Et euh… déjà alors ?? Ça valait bien ce prix là si ça a déjà perdu son efficacité ? On n’a pas un peu fait un pas dans le vide à la base dans la tentation du retour à la croissance et au profit ???
Le président de Moderna vient de faire une tribune pour dire que les enfants devraient se faire vacciner.
Tu m’étonnes. On avait bien besoin d’un autre avis non doctrinal et désintéressé pour peser sur l’opinion dans le débat public. Un petit coup de pouce aux politiques. Hop une petite pression par digipuncture. Un peu de médecine douce dans ce monde de brutes. Moderna justement qui fait tout pour verrouiller sa position de force sur son vaccin alors que l’état américain a financé 99 % des recherches et que le NIH (National Institute of Health) a en plus partagé avec Moderna des données scientifiques fondamentales pour l’élaboration du vaccin. Si l’état américain avait voulu défendre sa souveraineté publique et l’intérêt commun, il aurait depuis longtemps pu faire valoir les termes du contrat signé avec Moderna pour prendre à son compte une production publique plus large du vaccin qui aurait pu permettre une meilleure acceptabilité du vaccin et une possibilité de vaccination des pays qui en avaient besoin. Mais la rareté du vaccin avait un intérêt en terme de valorisation du prix à la négociation.
Donc bon, l’économie a trahit dans un grand geste ahurissant le politique. Et démontre s’il le fallait encore l’impasse du libéralisme, dans un contexte grandeur nature de nécessité de coopération mondiale concrète. Enfin… le politique a trahit le peuple surtout. Et très concrètement, l’idée de l’immunité collective a été trahie par l’économie libérale, en préférant le profit à court terme à la cohérence scientifique et à la santé, comme elle le fait avec tout ce qui est collectif de toute façon…
On a atteint le % de vaccination fixé initialement pour atteindre l’immunité collective en France. Bien moins de 10 % des adultes n’est pas vacciné. Les 12-17 ans sont également pas mal du tout. Pourquoi le gouvernement continuait–t-il d’appliquer la règle mécanique qui réimposait le port du masque à l’école si on suit la logique fixée de l’immunité collective ? Parce que la pandémie continue par le jeu des variants et de l’hyper-mobilité des biens et personnes. L’immunité ne marche pas si on ne ne vaccine pas de manière cohérente la population mondiale dans un contexte d’économie mondialisée. La notion de « collectif mondial » échappe sans trop de doute à l’approche économique libérale…
Et il va falloir faire un rappel tous les combien de temps pour maintenir une charge antivirale suffisante ? Le délai de rappel diminue sans cesse et est maintenant de 3 mois depuis fin décembre. Une troisième dose (jackpot pour l’industrie pharmaceutique) n’avait pas du tout été anticipée et comme les gouvernements ont tout misé sur cette option unique du vaccin, ils se sont mis comme des bleus dans une situation de dépendance. Dépendance aux vaccins et à leurs propriétaires privés. Était-ce bien raisonnable ? Et maintenant, on commence la quatrième dose en Israël…
Ensuite, on n’aura plus qu’a nous vendre la dette des états et l’économie et la finance auront fini leur entreprise de destruction de l’espace politique.
Et plus profondément, je ne me suis aussi pas fait vacciner jusque là car
(2) le vaccin et l’immunité collective constituent un obstacle (ou « une fuite plus ou moins volontaire face ») à la prise de conscience des causes réelles des épidémies et aux prises de décision qui devraient en découler. Je ne compte pas entrer dans un schéma vaccinal à vie qui sait, tant que des décisions n’auront pas été prises pour réformer la fabrique des pandémies. Une immunité collective favoriserait au contraire la relance de la production des pandémies.
Les pouvoirs politiques et économiques ont voulu vacciner un maximum de personnes le plus vite possible pour faire disparaître le problème et relancer la sacro-sainte économie (« retrouver une vie normale »).
Or justement, cette économie détruit l’avenir de nos enfants, notamment (et c’est peut-être le point le plus crucial) en générant des épidémies.
Notre économie détruit les équilibres écosystémiques pour les générations à venir, et elle détruit le lien social également.
Plus précisément et ironiquement, cette économie génère les maladies infectieuses émergentes (MIE) par les déséquilibres écologiques qu’elle provoque.
Le point crucial de toute cette affaire tient dans le fait que l’on observe une courbe logarithmique d’augmentation des apparitions de MIE par 50 en 50 ans : 1 maladie infectieuse émergeait tous les 10 à 15 ans dans les années 1970 contre 5 par an depuis les années 2000. Et entre les années 50 et les années 70, il y avait « déjà mais seulement » eu triplement. C’est la signature classique de l’anthropocène, que l’on observe avec bien d’autres paramètres comme la production de produits manufacturés, l’industrialisation, la mobilité, la consommation d’énergie, la production de voitures, les émissions de gaz à effet de serre, l’extraction de matières premières, la déforestation, le remembrement, la consommation d’eau, etc.).
La « destruction économique » des habitats, ou la déstabilisation des écosystèmes (par le dérèglement climatique notamment parmi les phénomènes nouveaux), fait passer les micro-organismes de leur milieu sauvage à l’humain (ou aux élevages dont il dépend), généralement par le vecteur de la monoculture et de l’élevage. Moins les micro-organismes ont de niches sauvages, plus il vont passer dans les seuls habitats qui se répandent, et avec une uniformité, densité et fragilité particulièrement accueillante : les monocultures sur des champs sans vie, les élevages intensifs concentrationnaires et le corps humain dénaturé lui-même. Et le passage au niveau épidémique et pandémique est pris en charge par la mondialisation toujours plus forte, les délocalisations et tous les transports de personnes et de biens inhérents (la question Énergétique en fait car ces transports sont rendus possibles par les politiques de subvention et de non-taxation de l’énergie) ; et non inhérents comme le tourisme à tout va au lieu d’une sobriété que l’état de la planète devrait nous suggérer par exemple.
Si on y ajoute « l’industrialisation de l’agriculture, l’exode rural et la création de zones urbaines surpeuplées », et le démantèlement des structures de santé, on a la parfaite fabrique économique (une industrie collatérale involontaire on pourrait dire) des crises sanitaires que l’on voit émerger et qui émergeront exponentiellement pour nos enfants. Tant que notre civilisation ne changera pas de cap de développement.
Nipah, SRAS ou SARS-CoV-1, fièvre aphteuse, grippe aviaire H5N1, grippe porcine AH1N1, EA H1N1, MERS-CoV, diarhée épidémique porcine, grippe A H5N8, SADS-CoV, syndrome de diarrhée porcine aiguë, Ebola, SIDA, maladie de Lyme, etc., on peut noircir une page avec tous ces maux.
Pour enfoncer le clou, je ne peux m’empêcher de voir un parallèle entre le modèle de l´élevage intensif et l’éducation de nos enfants : économie sur la « masse salariale », augmentation des effectifs par classe, rationalisation (rationalisme plutôt), entassement, facilitation de la transmission des microbes. L’évolution de l’éducation vient s’ajouter aux facteurs de fabrication des pandémies de notre modèle sociétal. Je mets entre parenthèses la dégradation des conditions d’apprentissage qui en découle, la baisse d’attractivité de la profession enseignante, la présence croissante de la technologie, la déshumanisation, l’éloignement de la nature. Le parallèle avec l’agriculture est tristement parlant. Et pour faire écho à la fin de mon premier argument où je glissais déjà sur le deuxième : on favorise un transfert vers le secteur privé dans l’éducation également. On ne va quand-même pas être solidaire de l’éducation égale pour tous (ca a trop duré).
Et donc, c’est bien beau de se faire vacciner mais si on ne s’attaque pas aux vraies causes, on peut déjà se préparer à se faire vacciner pour les pandémies à venir (et enchaîner les rappels pour le SARS-CoV-2 et ses variants pour patienter).
Et, dans les faits, les nouvelles vagues de Covid illustrent parfaitement notre non-prise à bras le corps des véritables causes du problème. Elles sont d’ailleurs comme une série de pandémies qui arrivent par vagues, stimulées par l’émergence de nouveaux variants. Certains scientifiques émettent d’ailleurs l’hypothèse de va-et-vients entre l’espèce humaine et des animaux, de part notre rapport aberrant à la nature, qui favoriseraient l’émergence de variants. Ces vagues illustrent notre incapacité renouvelée à empêcher d’ores et déjà de se protéger de nouveaux virus et de prévenir leur émergence.
C’est un vaccin contre l’économie libérale qu’il faudrait, pas un vaccin et une immunité contre-Nature. Et une remise en question de notre rapport à la nature.
Je ne compte pas me faire vacciner avant que l’on ai pris des décisions fortes pour réformer la fabrique ou plutôt l’Industrie des pandémies.
Je ne me suis aussi pas fait vacciner jusque là car
(3) je souhaite résister au développement d’une immunité contre-nature, d’un sentiment d’impunité collective et d’un déni de responsabilité.
On nous vend une immunité collective, on cherche à nous fédérer dans cette optique, alors qu’elle est plus proche de l’idée d’immunité diplomatique ou d’une impunité « collective ». Une impunité collective pour se libérer de l’intérêt commun. On nous fait avaler un vaccin contre la mémoire et la responsabilité, comme on avalerait religieusement une hostie pour l’absolution de nos péchés. On prend un passeport pour l’amnésie collective, pour pouvoir faire comme si rien ne s’était passé et continuer comme avant (comme si cet « avant » était enviable à l’origine – il était juste moins pire que la situation qu’il a lui-même généré). Ce que j’appellerai « Le grand RESET ». Apporter une réponse technique pour ne pas avoir à se remettre en question philosophiquement.
La baguette magique de l’absolution. Ça me fait penser à la « pensée magique » des peuples primitifs qu’a notamment documenté Lévi-Strauss. Notre pensée magique est bien plus rudimentaire puisque l’on fait tout et n’importe quoi et on espère que l’on va retomber sur ses pattes, que ça donnera l’illusion du sérieux, en modelant les notions de rationalité et de rigueur scientifique.
On fait tout pour ne pas voir que notre société est malade, que notre système porte en lui une pathologie contre-nature qui ne peut nous rendre que schizophrène. La boucle est bouclée, des individus malades ne peuvent qu’alimenter une société malade.
Derrière le pass sanitaire ou en soirée privée, beaucoup se baladent sans masque en milieu confiné, nombreux sont ceux qui se serrent la main, ou se claquent la bise. J’en ai été témoin, on me l’a aussi relaté amplement et c’est étalé dans la vie publique de nos politiques. Et cela en dépit de l’épée de Damoclès que cela fait peser au dessus de la tête de nos enfants en milieu scolaire (et de la sacro-sainte économie si on prend l’angle de vue rationaliste) avec le port du masque et le renforcement des règles sanitaires lourdes et aux conséquences psychologiques impossible à anticiper.
Évidemment, on a aussi tendance à en avoir marre des gestes barrière parce que le contact social est primordial, que l’on a besoin de ce lien social pour rester Humain.
Mais à mon avis, cette volonté d’abandon du masque (et des gestes barrières) vient aussi du refus inconscient de porter sur nos visages le poids de nos contradictions et de notre responsabilité. On préfère fuir dans la légèreté. Parce qu’on tient à notre petit confort et à une dignité de façade. Parce qu’on ne veut pas reconnaître notre complicité, notre participation à l’économie libérale et à la déshumanisation de notre société, à la dénaturation de la nature. On développe une sorte de pathologie sociale schizophrénique pour cacher notre impuissance individuelle, notre compréhension simpliste des phénomènes, notre absence de courage pour prendre les décisions de fond -et du quotidien- qui s’imposent depuis longtemps mais qui sont discréditées, ridiculisées ou reportées par la logique libérale individualiste et la société de consommation.
Quelque part, le masque symbolise la balafre invisible qu’il faut voir sur notre visage pour se regarder vraiment en face. Il faut la reconnaître cette déshumanisation, il faut la porter. Notre visage masqué est notre vrai visage, c’est notre condition. Le visage de l’inhumanité sociétale. De la dissociété. La société qui dissocie.
Pour tout dire, dans mon esprit, le masque peut se voir comme un symbole revendicatif pour montrer que l’on n’est pas dupe.
Pas dupes des causes profondes et pas dupes de la casse environnementale et sociale. Je crois que c’était à la sortie de la deuxième vague que Jean Castex avait annoncé, en sortant du conseil des ministres, absolument sans transition que la tache du gouvernement allait maintenant pouvoir être de mettre en route la réforme des retraites. Et oui, travailler plus parce que l’on vit plus longtemps. Pour détruire plus pour financer nos vies plus longues (ça ne fait pas beaucoup de places pour les générations futures ça non plus). Parce qu’il n’y a pas assez d’argent. Enfin, il y en a assez mais il est accumulé chez les absurdement riches et que l’on fait comme si l’argent avait disparu ou qu’il était parti dans le trou de la sécu ou dans les allocs des immigrés.
Dans la même veine du déni des causes profondes et de la casse environnementale, de l’amnésie du retour à la « vie normale », on se félicite depuis quelques temps du retour d’une belle croissance, avec une insouciance sidérante.
Pendant ce temps, le virus – dont la circulation est davantage permise par la décontraction des gestes barrières parmi des gens qui proposent des résistances (les vaccinés) – se voit offrir tout le loisir de muter et de favoriser le développement de variants. Ce dernier phénomène n’est que l’expression des mécanismes profonds de la vie qui se matérialise par la biodiversité – des variations de la vie – pour nous rappeler symboliquement que l’on ne prend pas les bonnes décisions dans le sens de la vie. La richesse de la vie face à notre société destructive et obsédée par le contrôle et le « confort ».
Ce qui m’amène à un autre argument…
Je ne me suis pas fait vacciner jusque là car
(4) je ne souhaite pas contribuer au renforcement de la dérive du risque zéro et d’une éthique contre le vivant comme projet de société pour nos enfants.
L’entêtement à mettre tous les efforts dans la recherche d’un vaccin – qui nécessite du temps à être développé – n’avait peut-être pas pour seules raisons le déni des causes profondes de la crise ou la recherche d’une impunité pour revenir à la vie d’avant et relancer l’économie.
Une raison encore plus primaire pourrait être la dérive de la domination sur la nature.
Car s’il y a bien une idée qui a fait son chemin sans difficulté dans la tête des hommes et qui pourrait rendre envieux tout idéologue ou publicitaire, c’est bien celle couronnée par Descartes de l’homme comme « maître et possesseur de la Nature ».
Cette dérive de domination fait des victimes collatérales et a du coup dépassé ses objectifs en se transformant historiquement en une entreprise de démolition de la nature.
Descartes voit ses efforts récompensés sans doute au-delà de ses espérances en constatant le couronnement de la rationalité, du Cartésianisme. L’homme serait rationnel et on ignore les émotions qui contribue à faire la richesse de l’humain.
Ces principes sont magnifiquement retranscrits dans notre « science » économique par exemple.
J’exagère un peu car Descartes ne serait sans doute pas ravi de voir que la rationalité humaine est bien souvent relativiste et réductionniste, limitée à la capacité humaine de perception de la complexité du réel, ou plus tristement à ce qui arrange les gens, les met dans un confort. On peut cela dit concevoir des raisons de formuler les choses comme cela dans le contexte historique « obscurantiste » de son époque afin de provoquer les premières étincelles des Lumières à venir.
Une volonté de domination sur la nature qui prend racine dans la peur de la nature et le besoin de sécurité. Mais on est arrivé à un degré de domination qui a depuis longtemps tourné à la destruction, au risque zéro, à la stérilisation, l’éradication, la sortie de la nature ; une éthique de la non-vie. Une éthique qui est aussi celle du chacun chez soi, de la ségrégation, de la peur de l’autre que soi. Et, par extension, la peur de faire société véritable et la peur de la nature (ces « autres » dont nous faisons partie, expliquant en partie pourquoi nous nous déshumanisons).
Le risque zéro est impossible, n’est pas atteignable, et nous pousse à prendre toujours plus de risques, nous fragilise. On parle de stratégies de BioSécurité. Tout ce qui est vivant doit être contrôlé. Et on ne remet pas en question le système, la logique, qui génère ces insécurités, au contraire, en bons jusqu’au-boutistes, on pousse la logique à l’extrême. Plutôt que de revenir sur les causes, on dépense des centaines de millions de dollars pour une veille sanitaire schizophrène de plus en plus systémique et intrusive, permettant au système économique de continuer dans sa spirale. Les très sérieux experts, aux conflits d’intérêt souvent désarmants d’évidence, pointent du doigt la faille de sécurité que constitue la main d’œuvre ouvrière de la vaste industrie agroalimentaire. Il faut donc les soumettre à une bio-surveillance étroite et liberticide pour maintenir notre modèle de dénaturation déshumanisante. On dépense des milliards pour identifier génétiquement l’ensemble des millions de virus qui resteraient sinon bien tranquillement chez leurs hôtes sauvages, dans des milieux et habitats autrefois reculés et stables. La dérive biosécuritaire est de plus en plus intégrée à grande échelle.
Dans le domaine de la santé, on a vu comment de simples dérives sanitaires systématiques ont pu nous exposer au risque de résistance aux antibiotiques, au risque d’émergence de maladies auto-immunes aussi.
En agriculture (qui est l’un des facteurs d’émergence des épidémies), les mêmes logiques sont à l’œuvre : élimination de la nature sauvage dans tous ses détails, utilisation de pesticides et d’engrais de synthèse dans l’obsession du 100 % de rendement. On ne tolère pas qu’une chenille vienne grignoter une feuille. On ne laisse pas sa part à la nature, dont nous faisons pourtant partie. On a donc externalisé la nature, et ce faisant, on a réduit notre monde à bien moins de 100 %. On est content d’être à 100 % de ce que l’on voit. On ne voit pas notre misère, on ne perçoit pas que notre agriculture est un champ stérile sous perfusion. Que si l’on réintègre tout ce que l’on avait externalisé dans le but d’avoir l’illusion de 100 %, on se rend compte que l’on ne produit pas mais que l’on détruit. L’agriculture intensive détruit intensivement. On ne devrait pas laisser le mot « intensif » qualifier une production. Elle produit moins de calories qu’elle n’en utilise (7 fois moins). Et après on cherche, et on met en avant, des rendements de 100 %. C’est de destruction intensive dont il s’agit.
Et notre modèle inverse les valeurs dans tous les domaines de la société. Jusqu’à pouvoir parler davantage de Dissociété que de Société, de culture du non-vivant, du stérile, du minéral, plus que de culture du Vivant. Et de laisser un imMonde invivable pour nos enfants et les générations futures.
On s’assure que la nature nous rende la vie impossible et on la montre du doigt… Et on continue à faire du profit sur son dos (et sur celui des générations futures). Le cercle vicieux, ou la spirale infernale, pour nous mener à l’effondrement. Un aveuglement incroyable, une esthétique aveugle, nous pousse à croire que l’on peut garder vivant l’humain seul. La dernière réunion du comité agricole de Plœmeur était une illustration parfaite de cela. La liste des exigences des agriculteurs conventionnels constituait un véritable manifeste pour une agriculture sans nature. Un programme systémique d’éradication de la nature. Et là on voit que ca coince parce que moi j’ai besoin de cette nature pour produire. Et l’humanité en a aussi besoin, entre autre pour assurer une alimentation durable pour ceux qui arrivent. Les enfants à qui on emprunte unilatéralement et envers qui on s’endette véritablement, sans avoir les moyens de rembourser.
Ceux qui sont en position privilégiée (et même ceux qui ignorent à peine qu’ils sont prisonniers du système – agroalimentaire par exemple) se disent que « l’on ne va pas se laisser emmerder par le vivant (et les écolos) alors qu’on a déjà bien avancé dans notre guerre intégrée contre la nature » et qu’ils en tire profit. Un combat amorcé après les guerres mondiales (contre les humains). « On ne va pas non plus arrêter notre frénésie de mobilité alors qu’elle nous permet de dominer une société basée sur la consommation matérielle, l’importation de la délocalisation et l’exploitation de ressources non locales. Et sur l’exportation accessoirement, si on arrive encore à produire des choses. »
Ce quatrième argument s’applique aussi de manière fondamentale à un aspect de moins en moins controversé de cette pandémie : sa potentielle origine laborantine. Bien que la plupart des MIE soient dues à la dégradation environnementale, à notre modèle agricole et aux échanges internationaux, il est de plus en plus envisagé que l’origine de la pandémie puisse être la sortie accidentelle du virus d’un laboratoire de recherche (6 laboratoires de virologie P2, P3 et P4 à Wuhan). Un laboratoire de recherche prenant des risques pour anticiper tous les dangers possibles de la nature… Une nature dont on vient chatouiller les mécanismes de défense…
On est dans un contexte de compétition de plus en plus forte et privatisée de la recherche et de l’expertise pour l’anticipation et la prospection du risque (la « Preparedness » américaine) davantage que dans la prévention collective. Je suis pour la recherche théorique mais notre avidité à tout contrôler et tout exploiter dans un modèle compétitif rationaliste nous fait jouer avec le feu, nous pousse à la faute.
Pour en finir avec cette notion de peur de la nature, c’est avant tout une peur de la mort, de l’altérité de la vie. Cette peur se traduit en domination (de la nature mais au sein de l’humanité aussi) puis en destruction. On a tendance à dire que l’humanité est sortie de la nature, qu’elle a externalisé la nature de son économie. Mais ce n’est plus vraiment à prendre strictement d’un point de vue économique ou conceptuel. L’humanité a fait sortir de son environnement propre la nature. Et l’environnement humain s’étendant maintenant à toute la planète, on peut dire que l’humanité a poussé la nature hors de la planète. Poussée du bord du monde des Platistes.
On stérilise tout. On détruit, on extrait, on exploite, on aliène. Et on élimine la vie.
Et pour vivre sans risque, on vit dans un monde de plus en plus minéral, abiotique. On vit dan un monde sans vie. Ce qui est pourtant le risque premier : la mort.
Par peur de la mort, on vit dedans. « Vivre la mort d’abord », c’est un beau slogan pour les générations futures.
On commence par la mort, on verra si la vie vient après peut-être.
L’anticipation absolue.
On s’impose la non-vie, la vie la moins intense possible, pour vivre le plus longtemps possible, sans risque. Sans risque de mourir de toute façon puisqu’on n’est pas vivants. Sans prendre le risque de vivre.
Le nihilisme dans toute sa splendeur. Et le fait que l’on en arrive au nihilisme après que Descartes ai voulu sortir l’humanité de l’obscurantisme, en allumant Les Lumières, peut laisser songeur.
Mais au-delà de la nature même de la réponse à la crise (la quête du risque zéro, faire sans la nature), il faut aussi regarder la manière dont on fait œuvre pour en sortir. Le chemin est souvent plus important que la destination.
Et là on constate que l’on cherche une solution unique. Pour le grand Reset dont j’ai parlé.
Ce que je voudrais souligner ici c’est que cela trahit une autre tendance de notre société, en plus d’éliminer la vie, La tendance qui consiste à ne pas apprendre des principes de la vie, qui lui confèrent pourtant sa stabilité : la (bio)Diversité. On lui oppose la solution unique, la concentration, la centralisation, la puissance, la simplicité, la pensée monolithique.
Pourtant, comme dit l’adage, « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Un autre exemple en est la politique du tout nucléaire pour « assurer » la « sécurité » énergétique.
Toute tentative d’attirer l’attention sur le soin et sur des traitements potentiels a été à chaque fois discréditée violemment. Tout écart à l’orthodoxie du vaccin est interdit et sévèrement puni médiatiquement. Un bel exemple de démocratie et de débat sain.
Dans un arsenal de défense, la diversité des moyens de luttes me paraîtrait bien plus raisonnable pour une véritable sécurité intégrée, surtout face à la diversité de la nature. Mais non, on occupe le terrain médiatique et l’opinion publique avec le vaccin et l’entretien de la division de l’opinion publique.
Pourquoi s’entêter dans cette solution unique du vaccin qui met entre 2 à 7 ans pour être mis au point, pour une vaccination efficace au niveau mondial qui va prendre aussi beaucoup de temps ?
Et sans prendre en compte que des variants (l’expression de la biodiversité) vont développer des résistances face à cette pensée monolithique, homogénéisante, appauvrissante. Mortelle. Car la diversité c’est l’antidote de la vie contre l’extinction.
Au final, les notions de biodiversité, d’équilibres écosystémiques et de durabilité ont bien moins de succès que les idées de Descartes. Ou peut-être est-ce une question de temps. Sauf que la puissance de destruction de l’humanité a changé d’échelle par rapport à il y a ne serait-ce encore qu’un siècle.
Cette sécession avec la nature, cette domination surnaturelle, cette pulsion de se prendre pour Dieu, l’autonomie vis-à-vis de la nature revendiquée comme valeur structurante de notre société, cette rationalité limitée, cette volonté d’éradication à 100 % pour sortir de la nature, ou plutôt pour faire sortir la nature, je ne la cautionne pas. Je ne dis pas qu’il faut abandonner la gestion des risques, je dis que le risque zéro est une dérive absolutiste et porte forcément en son sein des remèdes contre-natures et fait appel à des tentations originelles contre-natures. Il faut apprendre de la nature, apprendre à vivre avec la nature et chercher le cercle vertueux des positions d’équilibre qui sont les seules à nous assurer une stabilité, sans quoi on se met en danger. Et cette rationalité limitée à des répercussions sur notre société et sa déshumanisation également.
Je ne veux pas me faire vacciner pour participer à une immunité collective contre une maladie qui n’est que le symptôme d’une cause pathologique profondément enracinée dans notre manière de faire « société ». Une maladie qui est avant tout une entité issue de la biodiversité qui fait ce qu’il faut pour survivre face au véritable agresseur. Bref, l’humain est davantage le pathogène que ne l’est le coronavirus et c’est la nature qui devrait se faire vacciner contre nous. C’est quelque-part symboliquement ce qu’essaie de faire la nature avec ce virus.
L’humanité refuse de passer de l’Adolescence à l’âge Adulte. L’Enfance a été longue depuis la descente des arbres et l’émergence (aussi…) d’Homo Sapiens. Nos conditions de vie ont à bien des égards davantage changé ces 70 dernières années que dans toute l’histoire de l’humanité qui a précédé. Une grande accélération a eu lieu. La crise d’adolescence est sans doute venue avec la révolution industrielle et a pris sa pleine mesure avec « les trente glorieuses » (qui pourraient être vues comme les trente honteuses par les générations futures), bien préparées par les deux guerres mondiales symptomatiques d’une humanité en crise intérieure. Cette crise d’adolescence nous amène aux limites de la planète depuis un bon moment et on refuse de devenir adultes pour laisser la place à nos enfants.
Il ne peut y avoir succession générationnelle que si les aînés acceptent de laisser leur place. S’ils acceptent de grandir donc déjà. Si on grandit en devenant enfin adultes au lieu de grandir en adolescents démesurément géants pour notre planète. Il faut assurer une croissance saine aux générations qui nous suivent et pour cela la croissance économique matérielle des générations au pouvoir doit opérer une transition. Une maturation vers une maturité. La « décroissance » seule est une erreur de vocabulaire, une expression incomplète qui crée un obstacle psychologique. C’est invendable pour le grand public. Une décroissance de l’économie libérale, matérielle, déjà c’est plus exact. Mais toujours pas très vendeur. La « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi est plus exacte et plus pédagogique déjà, moins provocatrice. Une bonne mise en condition pour le passage à l’âge adulte. Mais on pourrait parler d’exubérance immatérielle, de jouissance coopérative. Une croissance immatérielle, émotionnelle, démocratique, du lien social.
C’est notre génération qui se trouve tiraillée au milieu de tout ça. La Génération Carrefour.
De cet argument découle une motivation plus concrète à ma non-vaccination :
(5) je veux être solidaire avec le personnel hospitalier et favoriser un système de santé pour tous.
Si si. Pourtant c’est l’argument qui a failli me convaincre de me faire vacciner au tout début.
Le vaccin me semble être la « solution » idéale pour ne pas avoir à réinvestir dans un système de santé public et son hôpital que l’on sait pourtant en voie de destruction bien avancée. Le personnel soignant est en souffrance depuis des années en raison des politiques successives de réduction des moyens. Soi-disant parce que le contexte économique nous impose la rigueur. Pourtant, on peut sortir des milliards pour le système financier toxique, pour un vaccin privé, pour verser très généreusement des salaires aux entreprises pendant la pandémie. Le personnel soignant est en souffrance et bien souvent ne voit plus trop de sens à poursuivre sa vocation dans ces conditions managériales où l’humain est « cadré », n+1, n+2, n+3, n-3, réduit à des chiffres, des actes, des secondes, accumulés pour le profit et la rigueur ultra-rationaliste. La proportion de personnel soignant en réorientation parmi les stagiaires de la ferme m’a permis de mieux mesurer la situation.
Les patients sont au bout de la chaîne dysfonctionnelle, de moins en moins bien pris en charge, accueillis dans des services inadaptés par manque de place, sans accès au professionnel de santé adéquat ou au matériel médical de diagnostic, de traitement ou de rééducation (sans parler des déserts médicaux). Ce qui peuvent se permettre de payer leurs impôts (ou de les optimiser) et les dépassements d’honoraires préfèrent au final aller dans les cliniques et la boucle de l’incohérence est bouclée.
L’accent mis sur la recherche d’un vaccin a permis de court-circuiter, de balayer d’un revers de la main, la possibilité de réinvestir dans Le Soin : de financer la recherche pour des traitements thérapeutiques, de réinvestir dans les capacités globales d’accueil, et plus précisément, de manière circonstancielle, dans la réanimation hospitalière. J’entends dans les médias que ça coûte peut-être trop cher mais est-ce que notre armée et nos stocks d’armement inutilisés ne coutent-ils pas chers ? L’évasion fiscale ne coûte-t-elle pas cher ?
Le personnel hospitalier appelle à la vaccination parce qu’il est usé jusqu’à la corde et puis parce que c’est son métier, sa formation, sa vocation. Penser avant tout à la santé à court terme des gens. En dépit de la détérioration de leurs conditions de travail. En dépit de la fabrication d’un système de santé qui fait bien moins de soin que de profit. Qui ne fait plus de l’humain mais du chiffre, de la gestion des ressources humaines rationaliste et réductrice. René D. est encore passé par là. Avec la vague Omicron, le gouvernement demande aux hôpitaux de repousser les opérations non urgentes et pointent du doit les non-vaccinés et pousse pour un pass vaccinal qui créerait définitivement deux niveaux dans notre société. Une société de castes, avec ceux qui ont le droit d’aller dans les médiathèques, à des conférences, à des conseils d’administration associatifs, et ceux qui s’y voit refuser l’accès, avec contrôle d’identité citoyen à l’appui. Le rabâchage est tellement énorme et systématique que le personnel de réanimation, qui travaille dans des conditions difficiles en raison de la casse de l’hôpital public depuis des décennies, se plaint en pointant du doigt les non-vaccinés.
Moi je suis un citoyen qui doit se placer sur le plan politique et économique parce que c’est là que ça se joue (ou se décide si l’on croit vraiment qu’ils sont rationnels et cherchent avant tout à défendre l’intérêt commun avant leur carrière, leur pouvoir et leur domination politique ou économique dans le rationalisme étroit de la société) et aussi que courre le long-terme, l’avenir de nos enfants. Et vous savez quoi, en plus de demander plus de moyens pour eux, pour être totalement solidaire avec le personnel hospitalier et ne pas alimenter cette haine et contribuer à cette division de la population en groupes, je demande à ne pas me faire réanimer si l’infection par le coronavirus le requerrait.
Et la première décision économique gouvernementale que j’ai entendue pendant le premier confinement a été de venir au chevet de l’industrie automobile et des compagnies aériennes (oui oui, ceux qui facilitent la mondialisation et les échanges de micro-organismes à des vitesses et des distances non naturelles). Pas du tout l’hôpital public (ou de profiter du contexte qui nous force à voir que certains métiers n’ont pas lieu d’être et que la transition vers des modes de vie durables pourrait s’amorcer en accompagnant la formation vers des métiers vertueux).
Je veux être pour la vie et pour le soin. Pour le soin égal, pour tous. Pas celui des cliniques privées. Car derrière toute cette confusion, cet écran de fumée, l’idéologie trouve son chemin d’opportunité : c’est la dérivation de l’argent public vers le privé qui se joue, qui coule de source. On renforce l’intérêt privé à court terme au détriment de l’intérêt commun.
En conclusion, pour rebondir sur le port du masque des enfants :
Devant la complexité de toute cette situation, résumer le problème aux antivax face aux enfants qui doivent porter le masque à l’école me semble réducteur et biaisé. La tendance qui consisterait à se laisser guider par ses seules émotions instinctives, aussi légitimes qu’elles soient, m’apparaît dangereuse. Cette vision me semble presque égocentrée (plus que « pédo-centré », tellement on peut avoir tendance à associer ses enfants à soi-même peut-être) en ne tenant pas compte du contexte global.
Je comprends assez bien hein, c’est assez légitime dans une certaine mesure, je suis moi-même tenté régulièrement par ce raisonnement émotionnel. Je tombe dedans même, c’est naturel. Penser au plus proche, ce que l’on a de plus cher, au plus petit, au micro, plutôt ou avant que de penser au global, aux macro-phénomènes, plus difficiles à convoquer simultanément dans une compréhension instantanée. Nous sommes souvent prisonniers de nos émotions et pulsions premières. Mais elles ne sont peut-être pas toujours les plus sages, y compris dans l’intérêt de nos enfants.
Une prise de recul me semble s’imposer pour ne pas desservir la cause de ce que l’on peut avoir de plus proche et de plus cher. C’est bien de se concentrer sur ce que l’on a de plus proche, mais à regarder de trop près, on ne voit pas le contexte autour et on peut faire des erreurs de jugement. Prendre un objectif grand-angle peut aider pour concilier le contexte global (position rationnelle la plus absolue possible) tout en restant fidèle à ses émotions primordiales légitimes. L’un des défis de l’être humain étant pour moi de trouver un chemin d’équilibre conjuguant rationalité et fidélité à ses émotions.
Oui, l’émotionnel est important et le fait que les enfants doivent porter le masque à l’école me touche profondément. Les conséquences psychologiques de ce genre de déshumanisation sont difficiles à anticiper.
Mais on ne peut pas se laisser tétaniser, immobiliser, neutraliser, par l’émotionnel sans voir la globalité du problème. On ne peut pas non plus laisser les politiques nous manipuler par l’émotionnel pour diviser la population en provax et antivax afin de contrôler et d’occuper les gens, alimenter la dissension, orienter les colères et s’en tirer à peu de frais pour mieux régner.
On est baladé par le profit économique des plus riches et la complicité des politiques pour le pouvoir, la représentativité et le réseautage.
Je trouve pour tout dire que le pourcentage de non-vaccinés est étonnamment faible. Les gouvernements pouvaient difficilement plus mal s’y prendre pour rendre plus acceptable la vaccination. Comment paraître crédible pour gérer une politique sanitaire lorsque l’on constate dès le départ que l’on ne fabrique plus de masques sur le territoire et que l’on n’a même pas de stock ? Lorsque l’on n’arrive pas à proposer de vaccin français ou public ? Lorsque l’on se bat comme des chiffonniers pour avoir ses doses au bon vouloir de l’industrie pharmaceutique, au lieu de s’entendre dans le cadre de l’autorité sanitaire internationale de l’ONU et de l’OMS ? Lorsque la parole politique oscille en permanence et que les décisions sont prises par des comités directement désignés sous l’autorité du président au lieu de passer par les instances sanitaires légitimes préexistantes ? Le fait que l’on en soit à un niveau si élevé de vaccination montre la docilité remarquable de la population. On peut d’ailleurs constater avec admiration la puissance du rôle des médias dans le phénomène de fabrique du consentement. Dans la contribution à maintenir les hiérarchies en place aussi, la stabilité du système. Pas très étonnant quand on voit la concentration des groupes de médias et leurs actionnaires.
Je pense que la tentation de primauté émotionnelle est exacerbée par la pression psychologique mise sur les enfants, qui encourage elle-même une urgence à protéger émotionnellement. Il y a une pression directe que je vais énumérer plus bas mais il y a aussi une pression indirecte, plus « in-sinueuse ». On introduit les enfants dans la confusion des mécanismes de causalité, par la médiocrité et la myopie de la réflexion (car ce n’est pas les enfants qu’il faut pointer du doigt dans cette pandémie (ni ceux qui ne se vaccinent pas), c’est notre système économique matérialiste et la destruction des écosystèmes). Une illustration il me semble très efficace et concise de ce que je veux dire vient de se manifester de manière obscène dans l’actualité :
Le chef du gouvernement français, qui s’est affiché partout sans masque derrière le pass sanitaire alors même que la nouvelle vague de contamination était enclenchée depuis plusieurs semaines, vient d’attraper la COVID. Il s’empresse de déclarer qu’il sait comment il l’a eu : c’est sa fille mineure qui l’a contaminé.
——– Je ne sais pas si on peut faire plus indécent et injuste que ça. La banalité de l’abject ——–
Comment peut-on faire plus obscène pour détourner l’attention de ses propres errances et se dédouaner en pointant du doigt nos enfants qui ne sont que des victimes dans cette crise sanitaire (et civilisationnelle).
Ils se montrent solidaires (et dociles) des personnes âgées et autres personnes à risque en acceptant leur confinement, ils voient leur jeunesse radicalement perturbée, leurs perspectives futures radicalement étiolées, on met une pression psychologique honteuse sur des mineurs pour qu’ils aillent se faire vacciner… en gros on leur dit d’aller se faire piquer pour que l’on puisse reprendre notre croissance de destruction de leur planète et de leur futur…
… et tout ce que le chef du gouvernement trouve à dire pour masquer (comme quoi il peut le faire) son incompétence généralisée et son irresponsabilité c’est qu’il a la science infuse et qu’il sait que c’est son enfant qui l’a contaminé parmi toutes les personnes qu’il a croisé ????!??
Comment peut-on personnifier à ce point de concision le discrédit de la parole et de l’action politique ? (et de la parole scientifique rationnelle)
Et donc, pour en revenir à notre ressenti, on veut au plus vite enlever la pression déshumanisante mise sur nos enfants, et leur donner la chance de vivre ce qu’on a vécu enfant nous-même, et on pointe du doigt les personnes non vaccinées. En l’occurrence on peut penser que la fille Castex était vaccinée par ailleurs.
En l’occurrence, épidémies, dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, crise de la ressource en eau, baisse de la fertilité des sols et accroissement des inégalités oblige, il faudrait faire un travail d’acceptation de la réalité de la modernité : nos enfants ne vivront pas la même chose que nous. Et nous imposer la gestion à court-terme de la crise ne fait que nous mettre au même niveau que ceux qui l’engendre pour mieux s’engager dans la spirale de l’impasse.
C’est dur ce que je vais dire mais, quelque part, ces visages d’enfants masqués, déshumanisés, évoluant dans les écoles coupés en partie de lien social… et bien il faut se les bouffer, les digérer. Il faut que ca coule en nous, qu’on fasse le travail que la situation requière de notre part. Que la réalité nous impose car il n’y a pas de baguette magique, pas de salut sans se bouger le cul.
Cette situation émotionnelle est aussi difficile à supporter parce qu’elle nous met dans l’inconfort de nos contradictions. Dans notre complicité et notre impuissance. Alors qu’elle devrait nous pousser à l’action, on cherche à ne pas la voir, à s’en débarrasser.
Ça me touche tellement cette histoire de masque et la situation des enfants que j’ai interpellé le maire à 2 reprises sur la situation des enfants, sur la contradiction et l’injustice de la situation qui faisait qu’à la rentrée de novembre, les enfants devaient reporter le masque au même moment où ils pouvaient constater que les adultes n’avaient plus à le faire par sa décision pour les établissements municipaux accueillant du public. Le même jour à la même heure. Il prenait cette décision alors que le taux d’incidence remontait depuis 5 jours et atteignait les 50 pour 100 000 et donc provoquait le passage en niveau d’alerte jaune et mécaniquement refaisait basculer les écoles en régime de mesures sanitaires drastiques. Je lui ai tout exposé à deux reprises sur son compte Facebook, point par point, date par date, chiffre par chiffre, de manière on ne peut plus constructive. Et il m’a ignoré. C’est le préfet qui a rétablit la situation il y a quelques jours pour tout le département, avec trois semaines de retard.
Qu’ils se confinent tous à l’Élysée ou au congrès des maires de France où le maire s’est à chaque fois affiché sans masque, comme les autres, provoquant des clusters bien que vaccinés. Et qu’ils n’en sortent plus après tout. Si ca peut nous mettre à l’isolement de leur incompétence et de leur irresponsabilité.
Parallèlement, comme je le disais, on met la pression sur les enfants. On met des navettes à disposition dans certains établissements du secondaire et on sert de rouage au système en se permettant de mettre une pression sur des mineurs pour qu’ils se fassent vacciner. Des messages radio publicitaires/ »d’utilité publique » mettent en scène des ados qui culpabilisent et détruisent un autre ado qui hésite a se faire vacciner. avec un message anti-scientifique en cerise sur le gâteau en ce qui concerne le fait de discuter les chiffres. C’est d’une violence inouïe. Une pression psychologique qui court-circuite qui plus est les responsables majeurs des enfants mineurs (les parents quoi). Quand je vois ça, je vois le monde adulte qui dit aux jeunes : « Allez hop, allez vous faire piquer pour que l’on puisse continuer à détruire votre avenir. »
Les jeunes se sont bien comportés depuis le début pour protéger les seniors (et les autres personnes à risque). Ils ont fait preuve de solidarité générationnelle et de docilité pendant le confinement. Ils vont en grand nombre se faire vacciner (plus de 75 % des 12-17 ans), pour participer à l’effort national, sous la douce violence de la pression sociale, devant les contraintes qu’on leur met, pour embrasser un futur aussi, un espoir. Que diraient-ils s’ils réalisaient que c’est pour protéger une tranche d’age qui est globalement responsable de la société malade dans laquelle ils grandissent, en ayant du mal à se trouver une place et a y trouver du sens en devenant adultes ? Que feraient-ils s’ils comprenaient qu’ils vont se faire injecter un produit symbole de l’asservissement public par le privé pour que leur avenir soit définitivement enterré ? Ce futur qu’ils veulent embrasser en allant se faire vacciner.
Car la courbe logarithmique des maladies infectieuses émergente est on ne peut plus claire, calée dans la trace des trente glorieuses (« La Grande Accélération » de l’Anthropocène) et du capitalisme néolibéral depuis les années 80. Et nous construisons un monde malade, physiquement par les MIE et mentalement au préalable par nos schizophrénies, nos fatigues, nos burn-outs et nos dépressions, nos suicides notamment chez les jeunes. Et nous ne faisons que fuir les bras ouverts et nus vers la prochaine pandémie et la prochaine aiguille, poussés à courir que nous sommes par des énergies sous-valorisées que nous surconsommons.
Et la croissance repartira de manière encore plus décomplexée. On détruira encore plus l’avenir de nos enfants. On n’aura plus qu’à accumuler les masques dans les écoles pour la crise sanitaire suivante.
Se vacciner contre l’avenir, c’est pas beau ça ?
Sauf si l’on saisit cette crise pour faire un état des lieux et changer de direction au lieu de tenter d’effacer au plus vite la crise sans traiter les causes. On a déjà laissé faire lors du grand RESET financier de 2008, pour lequel on n’avait pas vraiment de prise. Car la rue ne suffit pas (les gilets jaunes en ont refait l’expérience plus récemment). Cette fois-ci, cela touche à l’intime. On a un champ d’action plus accessible, plus maîtrisable individuellement, moins aliénable : notre CORPS. C’est tout ce qu’il me reste, avec mon esprit limité.
Voilà ma vision des choses. Peut-être que je suis fou, que je vois tout négativement. Mais je ne crois pas être négatif car c’est au contraire une sortie durable positive pour laquelle je résiste. J’ai l’orgueil fou de penser que c’est la société qui est malade. J’ai pour moi le réconfort de partager un constat fait par des individus comme Noam Chomsky, Friedrich Nietzsche, Hannah Arendt, Fabrice Midal, Simone Weil, Marie-Monique Robin, Frédéric Lenoir, Vandana Shiva, Hubert Reeves et tant d’autres. Se savoir fou est sans doute un signe de bonne santé mentale dans ce monde.
La globalité de cette situation est pathétique et je n’arrive pas à me convaincre de m’associer à cet effort tristement collectif, de renforcer la domination.
Il est assez cocasse de voir cette injonction au « collectif » de la part des dominants de notre dissociété, en brandissant « l’immunité collective ». Réussir à fédérer collectivement autour de ce projet d’anéantissement du vivant et d’absolution du capitalisme individualiste me laisse songeur et admirateur quant à la robustesse fascinante du système. Une robustesse, plus qu’une stabilité puisqu’elle nous mène de crise en crise, résultant de ce type de boucles de rétroactions qui semblent incohérentes mais qui arrivent toujours à renforcer globalement le système de domination. Sans doute en encourageant le caractère d’une part imparfaitement rationnel et d’autre part irrationnel de l’être humain.
Oui, je souhaite faire partie des emmerdeurs qui sont un caillou dans les rouages du système en ne me vaccinant pas. En « représentant » une faille même insignifiante à ce projet d’impunité collective, afin de bien faire comprendre qu’il faut reconsidérer les rouages.
Je le fait pour ma survie psychologique, ma sanité : pour ma propre dignité et ma cohérence interne. Je le fais aussi à ma toute petite échelle peu signifiante pour les enfants, les générations futures, le personnel médical et les classes sociales défavorisées et fragiles de tous les pays et temporalités. Ceux à qui on ne donne pas forcément accès au vaccin mais que l’on soumet allègrement à la domination, à la compétition et à la déshumanisation.
Je ne condamne pas pour autant ceux qui se font vacciner. Chacun a ses raisons, chacun a son chemin, je peux comprendre.
Je préfère choisir de commencer par la vie collective, qui n’est possible durablement que par un changement de système économique – mais, puisque tout se tient, aussi démocratique, sociétal et civilisationnel. Et donc de pensée. En prenant le faible risque de voir ma vie déraper dans la mort individuelle. Plutôt que de faire le choix de commencer immédiatement par la mort, sans rien faire pour s’assurer qu’elle laisse la place à la vie un jour. En laissant au système la latitude de s’en sortir.
Je préférerai que l’on s’unisse contre la domination, que l’on « s’unisse contre nous-même » avant tout. Contre notre déni et notre irresponsabilité individuels et collectifs, pour participer à une société réellement démocratique et coopérative pour nos enfants.